Global Progress Foundation - Left Forward et Fundación Pablo Iglesias dans le cadre du Comité Méditerranéen de l’IS

27 novembre 2025

Atelier organisé par la Global Progress Foundation, Left Forward et la Fundación Pablo Iglesias dans le cadre du Comité Méditerranéen de l’IS

Mouvements de population en Méditerranée

Défis et approches progressistes gagnant-gagnant

Intervenants :

Remarques introductives :
Paulina Lampsa, au nom de la Global Progress Foundation

Intervenants

Frank Sherry, spécialiste en communication sur les questions migratoires, États-Unis
Amina Fahmy, politologue, experte des migrations, Égypte
Maurice Braud, haut expert en politiques internationales et européennes, France
Modérateur : Manos Moschopoulos, Directeur exécutif de LeftForward et Conseiller principal du Mediterranean Migration and Asylum Policy Hub


Concept

La mer Méditerranée, centre de gravité des civilisations et point de rencontre des peuples et des cultures depuis des millénaires, est devenue ces dernières décennies une frontière de division. Plutôt que de servir de pont reliant différentes communautés, elle est aujourd’hui un symbole criant d’inégalités et un lieu de souffrance humaine.

Pour les partis progressistes, cette transformation représente un défi à la fois humanitaire et politique : la mer qui autrefois favorisait la coopération et l’enrichissement mutuel met désormais en lumière des questions urgentes concernant nos valeurs, notre engagement envers l’inclusion et la justice, et la nécessité d’élaborer des réponses justes, cohérentes et efficaces face aux réalités de la migration et du déplacement.

Pour restaurer la confiance et contrer les récits de droite, les partis progressistes doivent défendre des politiques à la fois principées et pragmatiques : garantir des voies de migration sûres et légales, investir dans une intégration efficace et assurer des standards du travail équitables.

Cet atelier a encouragé l’interaction entre experts de haut niveau et représentants de partis politiques des deux rives de la Méditerranée afin d’explorer de nouvelles pistes dans la politique migratoire progressiste, démontrant comment les valeurs humanitaires peuvent être traduites en solutions concrètes pour les gouvernements et les communautés.

La migration demeure l’un des défis les plus structurants et urgents de la région méditerranéenne, appelant des réponses cohérentes, pratiques et adaptées aux réalités locales. Pour affronter cette réalité, il est essentiel d’inclure dans la discussion aussi bien les pays « d’origine » que les pays « d’accueil », car c’est la seule manière de réaffirmer le potentiel de la Méditerranée comme espace de solidarité, de responsabilité partagée et d’espoir pour tous.

À la suite des présentations des panélistes, une discussion interactive approfondie s’est tenue avec des participants des trois rives de la Méditerranée. Les intervenants ont remercié les organisateurs pour l’approche innovante consistant à réunir décideurs et experts, soulignant que, pour élaborer de bonnes politiques, il est crucial de comparer les conclusions de la recherche avec la réalité du terrain. Un échange a également eu lieu sur les difficultés rencontrées par les partis progressistes pour traiter les questions migratoires dans un environnement politique dominé par les récits d’extrême droite, et des stratégies spécifiques ont été examinées.

Les conclusions de l’atelier ont été prises en compte par le Président du Comité et par les représentants des partis membres de l’IS pour l’élaboration d’une Déclaration sur la Migration adoptée par le Conseil de Malte. Vous trouverez le texte de la Déclaration ci-dessous :


Déclaration sur une politique migratoire progressiste en Méditerranée

À la suite de l’échange de vues qui s’est tenu dans le cadre du Comité Méditerranéen de l’Internationale Socialiste, nous déclarons que :

Pour relever le défi des mouvements de population dans la région, nous devons :

  • Tracer une nouvelle voie pour une politique migratoire progressiste fondée sur la solidarité, les données probantes et la prospérité partagée.

  • Considérer la migration comme une opportunité et rejeter les politiques d’externalisation qui sapent les droits fondamentaux sans élargir les options légales pour les migrants et les réfugiés.

NOTRE VISION

Nous envisageons une région méditerranéenne où :

  • La migration sert le développement. Plutôt que de la considérer comme une menace sécuritaire, nous l’intégrons dans des cadres de développement globaux. Nous reconnaissons que les transferts de fonds constituent un capital de développement. Nous reconnaissons la complémentarité démographique : l’Europe fait face au vieillissement et à des pénuries de main-d’œuvre ; l’Afrique et le Moyen-Orient disposent de jeunesse et de talents. Cette situation peut être gagnant-gagnant si elle est gérée par des voies légales et un véritable partenariat.

  • Les pays d’origine et de transit sont de véritables partenaires. Contrairement au modèle actuel d’externalisation axé sur le contrôle de l’UE, nous soutenons des cadres de partage des responsabilités qui s’attaquent aux causes profondes — conflits, autoritarisme, effondrement économique — plutôt que de simplement gérer les flux. Il est essentiel de coordonner les efforts en matière de développement, de gouvernance démocratique et de résilience climatique.

  • Le genre et la vulnérabilité sont au centre. Les politiques migratoires ont systématiquement négligé les femmes, les enfants et les familles. Nous devons investir dans l’autonomisation économique des femmes et la reconnaissance des compétences, simplifier les procédures de regroupement familial et protéger les femmes migrantes contre la traite et l’exploitation. Nous reconnaissons que l’intégration commence avec l’éducation, la santé et la construction de communautés.

  • La coopération régionale doit remplacer la logique de forteresse. La Méditerranée a historiquement été un pont. Il est important d’élargir les voies légales de mobilité du travail, de reconnaître qualifications et compétences, et de favoriser des partenariats Sud-Nord qui renforcent — sans exploiter — les pays d’origine et de transit.

  • L’intégration réussit au niveau local. Nous avons appris des communautés de notre région que l’investissement ciblé dans l’éducation, le logement, la santé et le dialogue interreligieux favorise la coexistence. Nous soutiendrons ces réussites locales et les utiliserons pour contrer la xénophobie nationale.

LE DÉFI À VENIR

Nous sommes à un moment décisif. L’extrême droite progresse sur plusieurs continents. Des dirigeants autoritaires instrumentalisent la migration pour promouvoir des agendas antidémocratiques. Et la crise climatique déplacera des millions de personnes supplémentaires, intensifiant les pressions sur la région méditerranéenne.

Pourtant, nous faisons également face à une opportunité sans précédent. Nous savons ce qui fonctionne : les voies légales réduisent la migration irrégulière ; l’investissement dans le développement s’attaque aux causes profondes ; l’intégration locale réussit lorsqu’elle est correctement financée ; et la coopération régionale renforce toutes les parties. Nous disposons du capital intellectuel, des réseaux institutionnels et du mandat démocratique nécessaires pour montrer la voie.

Nous nous engageons à faire preuve du courage politique nécessaire pour dépasser les postures défensives et offrir aux citoyens une vision convaincante de sociétés méditerranéennes inclusives, prospères et interconnectées.

Nous appelons les partis progressistes d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient à se joindre à cet effort. Ensemble, nous pouvons restaurer la Méditerranée comme un espace de solidarité, de responsabilité partagée et d’espoir.

Traduit de l’anglais