Declaration sur la Politique mondiale 2003

CONSEIL DE ROME - Pour une société mondiale plus équitable, 20-21 janvier 2003

 

Original : anglais

1. En 2002, la politique mondiale était déterminée par le Sommet mondial pour le développement durable à Johannesburg. L’Internationale Socialiste a participé aux préparatifs du pré-sommet et a documenté ses opinions sur les conclusions. Ce sommet a donné un nouvel élan aux actions internationales pour lutter contre la pauvreté et protéger l’environnement. L’idée du développement durable a été élargie et renforcée grâce au sommet. Les gouvernements ont réaffirmé leurs engagements et ont accepté de nouveaux objectifs concrets d’action afin d’obtenir une mise en œuvre plus efficace des objectifs en matière de développement durable.

2. Au cours de l’année 2003, plusieurs événements importants au niveau de la politique internationale vont également avoir lieu. Citons en particulier :

• La Conférence ministérielle des pays de l’OMC, du 10 au 14 septembre à Cancun (Mexique)

• La neuvième conférence des signataires de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC), du 1 au 12 décembre à Milan (Italie)

• Le Sommet mondial sur la société de l’information (WSIS) du 10 au 12 décembre à Genève (Suisse)

• Cinq PrepComs pour UNCTAD XI 2004

3. L’Internationale Socialiste participera aux débats internationaux sur la préparation de ces conférences et exposera sa position. Le Conseil autorise le Comité sur l’Économie, la Cohésion Sociale et l’Environnement à rédiger les déclarations pertinentes. Le Conseil recommande aux Comités régionaux de l’Internationale Socialiste de s’intéresser à l’ordre du jour de ces conférences.

4. Sommet mondial sur la société d’information

4.1 Dans le cadre du Sommet mondial sur la société d’information, l’Internationale Socialiste réaffirme les décisions de son Comité sur l’Économie, la Cohésion Sociale et l’Environnement, énoncées dans les « Ponts à travers la fracture numérique : le rôle de l’éducation au XXIème siècle ». l’Internationale Socialiste souligne tout particulièrement ce qui suit :

4.2 Depuis la fin de la guerre froide, les anciennes divisions idéologiques ont cessé d’exister. La plupart des pays acceptent que des mécanismes de marché sont nécéssaires, au niveau étatique et mondial. Mais une division plus difficile à résoudre apparaît, fondée cette fois sur la création, la possession et l’utilisation de la technologie. Une petite partie du globe, qui représente quelque 15 pour cent de la population de la planète, crée pratiquement toutes les innovations technologiques du monde. Une seconde partie, qui représente peut-être la moitié de la population mondiale, est en mesure d’adopter ces technologies, soit pour la production soit pour la consommation. Le reste du globe, soit un tiers environ de la population mondiale, est technologiquement déconnectée, n’étant capables ni d’innover ni d’adapter les technologies venues de l’étranger.

4.3 Le trafic Internet de tout le continent africain, à l’exception de l’Afrique du Sud, est inférieur à celui de Manhattan, sans parler de New York City dans sa totalité. Les pays du Tiers monde ne sont néanmoins pas les seuls à se laisser distancer dans la course numérique. Les anciennes régions industrielles ou semi-industrielles sont elles aussi menacées par cette fracture numérique.

4.4 L’écart numérique n’est pas seulement un phénomène international. Il se manifeste aussi au sein des sociétés et des Etats. Les « connectés » et les « non-connectés » existent à une échelle mondiale mais aussi dans chaque pays. Alors que de nouvelles technologies s’affirment, les politiciens responsables vis-à-vis de leur électorat et les partis politiques démocratiques doivent trouver des moyens de lutter contre les nouvelles exclusions et divisions créées par ces transformations.

4.5 Les Etats doivent s’investir activement pour combler la fracture numérique et créer des opportunités pour les acteurs privés - personnes ou entreprises. Il est intéressant d’examiner la politique du plus grand pays numérique du monde, les Etats-Unis, à ce niveau pendant la présidence de Bill Clinton.

4.6 Les gouvernements sociaux-démocrates doivent, plus que tous les autres, chercher à résoudre les problèmes du monde technologiquement divisé - au niveau national et international. Au niveau national, surtout dans les pays de l’OCDE, la solution semble relativement évidente : investir dans la recherche et le développement, l’éducation et la formation, dans la réorganisation et la modernisation du secteur de l’éducation et augmenter les efforts pour former les groupes technologiquement désavantagés qui ont placé leurs espoirs dans la social-démocratie L’un des aspects les plus cruciaux est l’absence de développement et de gestion des talents créatifs dans les domaines de la science, de l’art et de la technologie.

4.7 Parallèlement, on relève peu de signes encourageants dans le domaine plus large du développement industriel en général. Certains pays ont réussi à développer des entreprises nationales concurrentielles au plan international, non seulement au niveau de la production mais aussi dans le domaine de l’innovation, de la recherche et du développement. Mais ces centres d’excellence technologique hors des pays industriels traditionnels sont rares. La plupart ont été créés grâce à une politique industrielle active de l’Etat.

4.8 Il reste plusieurs voies à explorer pour aider les pays technologiquement marginalisés à combler la fracture technologique:

- Les politiques nationales doivent accorder plus d’importance à l’apprentissage et à la formation.

- La coopération internationale, dans certains cas, devra être repensée : il faut donner une plus grande priorité à la création de formation et d’apprentissage de haute qualité. Les institutions d’élite comme les universités et les établissements de formation scientifique doivent être appréciés pour leur rôle vital dans le processus de développement.

4.9 Dans le cadre de l’Organisation mondiale du Commerce, l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) a un impact considérable sur l’éducation. Ceci pourrait entraîner un regain d’intérêt pour la privation et peut-être le financement privé de l’éducation. Les projets qui existent, relatifs à l’expansion de l’AGCS au secteur privé de l’éducation sont l’objet d’une grande préoccupation. Par conséquence, l’exclusion de l’éducation de l’AGCS devrait être considérée.

5. Conférence ministérielle de l’OMC

5.1 L’Internationale Socialiste met beaucoup d’espoirs dans les progrès que réalisera l’OMC lors de la série de négociations sur le développement à Cancún.

5.2 Il sera demandé aux membres de l’OMC de faire de gros efforts pour conclure cette série de négociations sur le commerce mondial d’ici janvier 2005. L’incertitude dans l’économie mondiale, associée à des tensions internationales grandissantes, a éclipsé la dernière série de négociations et affaibli la cause de la coopération multilatérale. Paradoxalement, cette situation rend le succès de l’OMC encore plus crucial.

5.3 Un échec à Cancún enverrait un message tout aussi dommageable au monde en développement. Depuis quelques années, de plus en plus de pays en développement se sont tournés vers le libre échange comme facteur clé de la croissance, du développement et de l’élimination de la pauvreté. Ils sont convaincus de la nécessité d’introduire des règles multilatérales plus fortes, non pas plus faibles, d’avoir une plus grande libéralisation des marchés, et pas l’inverse, d’avoir une OMC efficace et pas impuissante. Les pays en développement ont accepté le lancement de nouvelles négociations moyennant la promesse comme quoi celles-ci mèneraient à l’ouverture des marchés, la réduction des subventions et la libéralisation de la technologie - autant de questions cruciales pour le monde en développement. Une absence de progrès significatifs avant Cancún risque de transformer l’idée d’une « Série de négociations sur le développement » en un slogan sans substance. Cela pourrait donc renforcer l’idée, très présente dans certains milieux, selon laquelle le monde industrialisé tourne le dos au libre échange.

6. Ces évènements, organisés par la famille de l’ONU, ne sont pas uniquement des réunions qui influenceront la politique en 2003. L’IS a de grands espoirs en ce qui concerne le Sommet d’Evian du G8. Parallèlement, l’IS travaillera sur des propositions concernant les manières de transformer et d’élargir le processus du G8 en un processus permettant une plus grande participation et qui sera plus démocratique et véritablement global.

 

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