Déclaration de l'ISF - Les femmes et la migration dans un monde globalisé

CONSEIL DE ROME - Pour une société mondiale plus équitable, 20-21 janvier 2003

 

INTERNATIONALE SOCIALISTE DES FEMMES

Réunion du Bureau, Rome, Italie, les 17 et 18 janvier 2003

LES FEMMES ET LA MIGRATION DANS UN MONDE GLOBALISÉ :
INTÉGRATION, SÉCURITÉ ET OPPORTUNITÉS

RÉSOLUTION

Pour un nombre croissant de femmes, la mondialisation a abouti à des migrations : les femmes sont de plus en plus nombreuses à participer aux migrations internes, régionales et internationales pour trouver un emploi et la plupart d'entre elles sont employeés pour faire des travaux agricoles et domestiques.

Les femmes émigrent pour fuir les catastrophes naturelles et écologiques, les guerres, l'oppression politique, les discriminations sexuelles, et les violations des droits de la personne. Certaines sont forcées à émigrer par des trafiquants.

La traite des femmes aux fins de la prostitution est un crime sexospécifique. Dans le monde entier, la plupart des victimes de la traite des êtres humains, bien que pas toutes, sont des femmes et la grande majorité des agresseurs sont des hommes. Il faut lutter contre la traite des êtres humains aux deux bouts de la chaîne. Tous les marchés ont besoin de clients pour fonctionner.

La traite des êtres humains peut également se produire dans d'autres buts. Les filles et les garçons, les femmes et les hommes sont vendus et achetés pour être exploités comme main-d'oeuvre dans des confiseries, sur des chantiers de construction ou dans des plantations. Les enfants sont enlevés pour servir dans l'armée, les femmes et les enfants sont vendus en servitude comme domestiques.

Avec les politiques d'immigration restrictives, les immigrés risquent de ne pas pouvoir faire autrement que d'acheter les services de contrebandiers, ce qui permet aux trafiquants d'utiliser les mêmes filières profitables. Il est essentiel que les mesures des états contre la traite des êtres humains n'entravent pas l'immigration, la liberté de voyager et la mobilité juridique, et surtout la capacité des femmes à émigrer.

Bien que parmi les émigrés d'âge adulte, le nombre de femmes soit inférieur à celui des hommes, celui-ci augmente plus rapidement.

Aussi longtemps que les gens espèreront améliorer leur vie en émigrant, il y aura migration. La meilleure façon de soutenir cette population est de lutter pour un monde plus équitable.

Un conflit existe dans les pays hautement industrialisés. Leurs sociétés ont besoin des migrants des deux sexes. Mais certains citoyens de ces pays se sentent menacés par la présence des migrants. Ils pourraient avoir peur d’une plus grande compétition sur le marché du travail ou perdre confiance en eux face aux changements issus de la diversité culturelle et religieuse. Donc même

si l’économie et la croissance économique dépendent de l’immigration, la société a souvent peur de ses conséquences. L'économie a besoin des immigrés, mais la société les craint. Ce conflit doit être surmonté.

Il est impossible de mettre un terme à la circulation des personnes, mais il faut réglementer les migrations : la possibilité pour les pays d'accueil de prévoir les flux de population leur permet de mettre en place des politiques d'intégration visant à aider les émigrés et à rassurer les citoyens.

Le nombre de travailleurs clandestins est susceptible d’augmenter suite à l'imposition de restrictions croissantes sur la circulation des personnes entre les pays. Toutefois, les travailleuses immigrées qui disposent d’une autorisation officielle sont tout particulièrement vulnérables, car elles occupent en général des emplois sous-payés et non qualifiés, bénéficiant d'une protection légale insuffisante ou nulle.

En outre, les femmes qui suivent leur famille et leur époux vivent souvent dans un isolement qui les maintient dans leur rôle traditionnel, ce qui renforce le modèle conservateur de la famille. Elles sont invisibles, ne sont pas entendues et souvent maltraitées et privées de leurs droits fondamentaux. Souvent, elles sont exploitées par des trafiquants et deviennent victimes de cette nouvelle forme d'esclavage. Elles sont victimes d'une combinaison de facteurs discriminatoires qui se renforcent les uns les autres.

Aujourd'hui, les politiques d'intégration s'adressent aux hommes plutôt qu'aux femmes car ceux-ci sont plus visibles. Il faut donc adopter une démarche qui fasse sortir les femmes de l'ombre, une politique qui mette en lumière leur niveau d'instruction, leurs compétences professionnelles et leur expérience. Elles doivent participer aux politiques d'intégration sociale et en être des protagonistes actifs.

La promotion de processus d'intégration dans les pays d'accueil doit être complétée par une coopération internationale visant à réduire la nécessité d’émigrer pour des raisons économiques. La discrimination contre les femmes représente la cause principale de pauvreté dans le monde entier. Pour favoriser avec efficacité la réduction de la pauvreté, il est nécessaire de donner aux femmes le droit de posséder des terres et d'avoir accès au crédit, par exemple au moyen de dispositifs de microcrédit.

Les immigrés des deux sexes contribuent au développement de leur pays d'origine en envoyant chez eux une partie de ce qu'ils gagnent. Ces envois dépassent déjà les flux officiels d'aide au développement. Il est important de faire en sorte que ces fonds puissent être utilisés de manière productive, par exemple en veillant à ce que les immigrés (en particulier les femmes) et leurs familles aient accès à des services bancaires.

En conséquence, l'Internationale socialiste des Femmes appelle les gouvernements à :

garantir des politiques d'égalité des chances pour les immigrées, des politiques destinées à instaurer non pas des mesures de protection mais des droits de citoyenneté ;

promouvoir des politiques qui donnent aux immigrées les moyens de s’autonomiser en leur permettant de se faire entendre et de se défendre contre le racisme, les discriminations et l'exploitation ;

développer une charte des droits de citoyenneté des immigrées couvrant le droit à des services de santé, à une orientation professionnelle et à une formation, ainsi qu’à la reconnaissance des qualifications obtenues dans le pays d'origine, et le droit de travailler dans des conditions acceptables ;

créer des politiques visant à défendre les droits humains des femmes dans la lutte contre le trafic des femmes et contre le crime organisé transnational, en insistant surtout sur l’exploitation sexuelle et l’augmentation du nombre des femmes utilisées dans ce but et à ;

 

mettre en place des mesures telles que:

• la collecte, l’analyse et l’échange de données compatibles entre les divers acteurs, y compris les ONG;

• l’organisation de campagnes d’information et de prévention axées sur les victimes potentielles et les fonctionnaires gouvernementaux dans les pays d’origine et de transit;

• le développement d’un système global d’alerte surveillant les flux probables de réfugiés et d’émigrés, afin de prévenir à la source la traite des femmes et des enfants.

Finalement l’Internationale socialiste des Femmes estime que les pays de destination devraient accorder aux victimes de la traite des êtres humains un permis de séjour provisoire, indépendamment de leur volonté de témoigner ou non, pendant la durée de la procédure judiciaire qui devrait avoir lieu pour toute victime de la traite.

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