Réunion virtuelle du comité de l’IS pour l’Amérique latine et les Caraïbes

12 Décembre 2020

Le samedi 12 décembre 2020, l’Internationale Socialiste a organisé une réunion en ligne de son Comité pour l’Amérique latine et les Caraïbes, avec la participation de membres du Présidium de l’Internationale, de leaders et de représentants des partis membres de la région. Les discussions ont notamment porté sur les rapports des situations nationales, l’impact et les conséquences du Covid-19, les défis sociaux et économiques à relever dans la région, ainsi que sur la défense et le renforcement de la démocratie et de ses institutions à travers le continent.

Au début de la rencontre, les participants ont observé une minute de silence en hommage à Horacio Serpa, président honoraire de l’Internationale Socialiste récemment décédé, qui exerçait auparavant la responsabilité de vice-président de l’organisation et qui était à la tête du Parti libéral colombien. Le Comité a également rendu hommage à Tabaré Vásquez du Frente Amplio en Uruguay, qui a été président de la République sur deux mandats et qui nous a quitté à Montevideo il y a quelques jours.

Le président du Comité, Miguel Vargas, a rappelé dans son discours d’ouverture que la pandémie a soulevé d’importants enjeux pour les pays de la région auxquels les forces sociales-démocrates du continent, tant au gouvernement que dans l’opposition, doivent répondre avec solidarité et guidées par les principes du socialisme démocratique. Les partis de l’IS de la région doivent encourager certaines mesures, notamment promouvoir les investissements publics, stimuler la demande, soutenir directement les groupes vulnérables, accroître les dépenses dans la recherche scientifique et garantir un accès opportun aux vaccins. La pandémie a révélé l’importance des nouvelles technologies et de l’Internet et la manière dont ils soutiennent le développement. Leur utilisation dans les domaines de l’éducation, du télétravail et de nouvelles initiatives liées aux réseaux sociaux permet de les considérer comme des expériences positives. Le travail commun de nos forces politiques sur le continent nous permettra de surmonter la crise causée par la pandémie et de redresser la situation sanitaire, économique et sociale de la région.

Le Secrétaire général de l'IS, Luis Ayala, a souligné qu'au niveau mondial, l'Internationale Socialiste s'est engagée à traiter des questions prioritaires: la lutte contre Covid-19, la défense et le renforcement de la démocratie, faire face à l’avancée du populisme, l’atteinte d’une réelle justice sociale par une économie durable dans le domaine social et environnemental, la résolution des conflits et le travail en faveur de la paix, de l’égalité des sexes et de la solidarité qui caractérise cette famille politique. L’IS s’est saisie de ces différents sujets d’inquiétude en travaillant en contact avec l’ensemble de ses partis membres à travers les différents continents. Pour ce qui trait à la pandémie globale, l’Internationale Socialiste a insisté sur l’urgence de trouver des vaccins accessibles à tous, ainsi que des services de santé de qualité. La quête d’une plus grande justice sociale et d’une solidarité au sein de nos pays et à l’international doit s’exprimer aujourd’hui concrètement dans la manière dont nous relevons les défis présentés par la pandémie.

Pendant l’ouverture de la séance, Pedro Sánchez, président du gouvernement espagnol, secrétaire général du PSOE et vice-président de l’IS, s’est adressé aux participants en revenant sur le lien qui unit les Espagnols à la région et en réitérant son engagement à nourrir cette collaboration. Selon lui, les réponses socialistes et sociales-démocrates à la crise actuelle doivent être axées sur le bien-être de tous, sans laisser de place au populisme et aux mesures d’austérité, une tâche qui, aujourd’hui, se doit d’unir les forces de l’Internationale Socialiste (voir vidéo).

En amorce des débats du Comité, il a été fait mention de la crise actuelle à l’origine du plus grand ralentissement économique mondial depuis la Grande dépression de 1929. Selon les chiffres des organisations multilatérales, le PIB mondial chutera de plus de 5 % cette année, et avoisinera les –9 % en Amérique latine et dans les Caraïbes selon les estimations de la CEPAL, avec un ralentissement particulièrement inquiétant dans certains pays, à l’instar du Venezuela dont le produit intérieur brut se contractera de 26 %. Les secteurs d’exportation ainsi que la production de matières premières et agroalimentaire seront particulièrement touchés tant en volumes de production qu’en volume d’échanges et en prix. Des activités particulièrement importantes pour certains pays de la région, notamment le tourisme, seront fortement touchées. Cette situation provoque des conflits internes, une augmentation du chômage et de la pauvreté. Les réponses apportées par les autorités creusent la dette et augmentent les dépenses publiques, ce qui grève le déficit budgétaire de nombre de pays de la région. Toute réponse sociale-démocrate à cet enjeu doit favoriser les investissements publics (étant donné que les investissements privés seront également touchés par l’incertitude face à la normalisation des conditions sanitaires et aux restrictions qu’elles sous-tendent) et les dépenses publiques, relancer l’emploi et la demande des ménages. Les gouvernements d’Amérique latine et des Caraïbes ont, au cours des dernières années, redoublé d’efforts pour réduire la dette et équilibrer les comptes budgétaires. Or, il convient de constater que l’ampleur de la crise à laquelle nous sommes confrontés nous oblige à opter pour des dépenses publiques nécessaires et intelligentes, à la fois efficaces et responsables envers l’environnement, pour stimuler la relance en 2021, en sus de politiques d’austérité. Dans le même temps, il est urgent et indispensable que les pays mobilisent des ressources, bonds et toute forme d’aide directe aux groupes les plus touchés et vulnérables, et il apparaît opportun de renforcer les institutions et les prestations des services sociaux de nos pays. La région se doit de renforcer l’intégration et la cohésion dans le domaine des sciences et de l’éducation, de même que de renforcer diverses mesures de coopération pour le développement économique et social.

Au-delà de la réflexion économique générale, le Comité a également abordé les enjeux économiques propres à certaines situations nationales. Ainsi, le Paraguay, bien qu’accusant un ralentissement moins important que nombre de pays de la région, fait face au problème de liens étroits avec des activités illicites et délictuelles, mais aussi de collusion, de ses autorités – jusqu’à leur participation auxdites activités. L’économie et l’emploi au Pérou charrient depuis de nombreuses années le problème de l’économie informelle. En Haïti, les préoccupations ont porté sur la présence de bandes criminelles soutenues par les autorités qui dévastent sans aucun contrôle les biens du monde rural et urbain du pays, ce qui porte atteinte à son économie, la sécurité des citoyens, ses institutions et sa démocratie. En Argentine, les graves conséquences économiques de la pandémie ont été accrues par l’adoption de mesures sanitaires particulièrement restrictives, telles que des quarantaines prolongées, ce qui, entre autres facteurs, a précipité 50 % de la population argentine dans des conditions de pauvreté.

En ce qui concerne la démocratie dans la région, le Comité a réitéré l'engagement des partis membres de l'IS en Amérique latine et dans les Caraïbes. L’heure est à la vigilance face à la recrudescence des régimes autoritaires et aux populismes qui minent la coexistence démocratique. En outre, l’adoption de mesures à des fins politiques sous couvert de mesures sanitaires a été condamnée comme une atteinte aux droits fondamentaux et aux libertés individuelles et collectives. Les mesures restrictives ne sont légitimes que si elles sont opportunes, adoptées selon des critères techniques et scientifiques, bien expliquées à la population et respectueuses des institutions du pays.

Les membres du Comité ont exprimé leur vive inquiétude face aux situations nationales présentant une menace pour la démocratie dans la région. Le Comité s’est penché sur la situation en Haïti où le président Jovenel Moïse n’a pas organisé les élections initialement prévues et a gouverné et légiféré par décret, concentrant ainsi les pouvoirs publics. Le Comité a salué les efforts des partis de l’opposition haïtienne contre les dérives autoritaires du gouvernement et leur travail au service de l’unité en exigeant la tenue d’élections libres dans les plus brefs délais et pour contrer la tentative du président Moïse de modifier la Constitution et se maintenir au pouvoir au-delà de février 2021. Le Pérou a tourné le dos à la normalité démocratique depuis l’arrivée à la présidence de Martín Vizcarra en mars 2018. Le président actuel, Francisco Sagasti, a pris ses fonctions après la motion de vacance de poste de son prédécesseur en novembre dernier et est issu d’un parti ne détenant que neuf sièges au Parlement péruvien, ce qui augure des difficultés à gouverner le pays. Le Comité s’est dit confiant que les élections prévues le 11 avril prochain se dérouleront comme prévu, avec la participation de l’ensemble des forces politiques du pays et permettant ainsi au Pérou de renouer avec une normalité démocratique.

Concernant le Paraguay, il a été rappelé que le parti Colorado est au pouvoir depuis 1947, à la seule exception du gouvernement de coalition entre 2008 et 2013 auquel participaient les forces de la famille politique sociale-démocrate. Les allégations de corruption et d’actes criminels visant des leaders du parti Colorado sont une constante qui érode la démocratie paraguayenne, dont l’épisode le plus récent et certainement le plus connu vise l’ancien président Horacio Cartes. Les forces de l’opposition démocratique, ancrées dans l’unité dont elles ont fait preuve aux dernières élections présidentielles, doivent continuer à œuvrer avec confiance en amont du scrutin de 2023 pour réussir à décrocher une alternance au pouvoir et enclencher le changement démocratique au Paraguay. Quant à la Bolivie, le Comité a été informé des raisons du triomphe du candidat du MAS, Luis Arce, aux dernières élections présidentielles, ainsi que des enseignements à retenir à l’avenir pour renforcer les institutions démocratiques.

Selon le Comité, le Brésil doit être considéré dans la région comme un exemple particulièrement grave de la manière dont les politiques populistes parviennent à amputer de manière dramatique, rapide et directe la vie des citoyens. Avec un bilan actuel de plus de 180 000 morts, le Brésil se hisse à la deuxième place des pays les plus touchés au monde en nombre de morts des suites du Covid-19. Cette situation dramatique est la conséquence des politiques irresponsables du président Bolsonaro dans le domaine de la santé. Le déni explicite des preuves scientifiques et de la réalité est à l’origine d’un nombre inacceptable de morts et a sérieusement affaibli les institutions du pays et sa démocratie. Le Comité s'est félicité de la consolidation après les dernières élections municipales de son parti membre PDT en tant que première force politique d'opposition et a exprimé sa confiance que les propositions progressistes prévaudront au Brésil et contribueront à son développement durable et à celui de la région.

Considéré comme signe d’espoir pour l’avenir de la démocratie dans la région, le Comité a salué le processus constitutionnel actuellement à l’œuvre au Chili qui, après de vastes manifestations depuis un an réclamant un approfondissement de la démocratie, le respect des droits sociaux et la fin des abus, connaît un climat de large consensus pour remplacer le texte de la Constitution et le modèle qu’elle a imposé pendant la dictature. Quatre-vingts pour cent de l’électorat chilien a plébiscité une nouvelle Constitution, qui sera rédigée par une Assemblée avec parité hommes-femmes et avec représentation des peuples autochtones, une expérience inédite sur la scène internationale. Le Comité a exprimé son soutien aux forces progressistes et démocratiques chiliennes dans leur travail pour apposer au nouveau texte constitutionnel la marque d’un nouvel État de droit social qui se détourne de l’empreinte de Pinochet et de son modèle néolibéral. 

Le Venezuela a une nouvelle fois occupé une place centrale dans les discussions du Comité relatives à la démocratie en Amérique latine et dans les Caraïbes. Le Comité a rejeté les élections législatives du dimanche 6 décembre, qualifiées d’illégitimes par l’IS et par la communauté internationale, un scrutin frappé d’une abstention de près de 70 %, selon les chiffres officiels. Les graves problèmes politiques, économiques et sociaux que connaît le pays depuis des années empirent de jour en jour. Le nombre de Vénézuéliens ayant quitté le pays oscille entre cinq et six millions de personnes, entraînant dans leur sillage un drame humanitaire et une vague migratoire massive, une réalité qui s’avère particulièrement complexe pour la Colombie. L’accaparement du pouvoir, la destruction de l’appareil productif et des infrastructures, l’hyperinflation non maîtrisée sont autant de preuves qui préfigurent l’ampleur de la crise au Venezuela. L’Internationale Socialiste et la communauté internationale dans son ensemble doivent demeurer fortement impliquées et soutenir les forces démocratiques vénézuéliennes qui revendiquent des élections justes, libres et transparentes avec des autorités électorales indépendances et sous observation internationale. La consultation citoyenne convoquée par l’opposition démocratique vénézuélienne concomitante à cette réunion du Comité doit être saluée et perçue comme une action en faveur de la démocratie au Venezuela.

Il est crucial pour le renforcement de la démocratie en Amérique latine et dans les Caraïbes de compter sur des institutions solides, légitimes, crédibles et efficaces à l’échelle nationale et régionale. Les pays d’Amérique latine et des Caraïbes dotés d’institutions solides ont pu mieux réagir face à la pandémie et en atténuer les effets. Le renforcement des institutions et de la démocratie sont deux réalités qui vont de pair. Les propositions populistes portent atteinte à la qualité des institutions et finissent par effriter la coexistence démocratique.

Le Comité a entendu la lecture faite par Nadia de León Torres (UNE Guatemala) de la lettre adressée aux délégués par sa mère, Sandra Torres, l’une des vice-présidentes de l’IS, dénonçant les poursuites judiciaires qui la visent pour des raisons politiques. Mme Torres a appelé le Comité à ce que l'IS agisse sur son cas afin qu’elle-même et son parti puissent continuer à jouer leur rôle dans son pays. À cet égard, le secrétaire général de l’IS a rappelé au Comité que les accusations visant la vice-présidente ont été présentées sans fondements ni éléments de preuves et qu’un an et trois mois se sont écoulés depuis la formulation des chefs d’accusation. Ce statu quo menace et empêche Sandra Torres d’exercer ses droits, lui poussant à proposer que notre organisation se mobilise pour obtenir sa libération et identifie un groupe de juristes qui puissent collaborer à cette fin.

Lors de la clôture de la réunion, le Comité a entendu un message de George Papandreou, Président de l'Internationale Socialiste, dans lequel il a évoqué les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui. (voir vidéo).

Participants, couverture de presse

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