Réunion du Comité de l'IS pour l'Amérique latine et les Caraïbes

3-4 Novembre 2017

Une réunion du Comité pour l’Amérique latine et les Caraïbes de l’Internationale Socialiste fut convoquée les 3 et 4 novembre à Saint-Domingue, en République dominicaine, avec le parti membre de l’IS de ce pays, le PRD, pour hôte. À cette occasion, vingt partis de la famille sociale-démocrate de cette région se sont réunis afin de partager leurs réflexions sur les priorités de l’agenda continental, les défis auxquels leurs démocraties font face ainsi que les situations nationales. S’agissant de la première réunion du Comité convoquée depuis le Congrès de Carthagène, il a été procédé à l’élection de ses autorités.

À l’ouverture de la rencontre, le leader du parti hôte et ministre dominicain des Affaires étrangères, Miguel Vargas, a remercié ses camarades pour leur présence et leur a fait part de ce qu’il estime être les principaux défis des forces politiques progressistes en Amérique latine et aux Caraïbes (voir le discours complet).

En réponse à M. Vargas, le Secrétaire général de l’IS a remercié le PRD et son président pour le chaleureux accueil et a rappelé la longue et très forte relation nouée avec la République dominicaine depuis l’époque où José Francisco Peña Gómez a cimenté la relation entre son parti et l’IS. Il a par ailleurs remercié Miguel Vargas pour sa gestion au cours des dernières années qui a insufflé vie et dynamisme au Comité. Luis Ayala a fait part de sa satisfaction au vu de l’importance revêtue par les dernières réunions de l’Internationale : au premier semestre de cette année, à l’occasion du Congrès en Colombie, il a été possible d’exprimer notre solidarité avec le processus de paix que vit cette nation, en présence de son Président et Prix Nobel de la paix ainsi que des camarades du Parti libéral ; en milieu d’année, l’organisation a tenu son Conseil au siège des Nations Unies à New York, avec la participation du Secrétaire général de l’ONU António Guterres ; et en cette fin d’année le Conseil de Barcelone offrira à l’organisation l’occasion de clôturer une année d’activités pertinentes de l’Internationale aux côtés des camarades du PSOE et de son leader et vice-président de l’IS, Pedro Sánchez. Ce fut une période de défis et d’accomplissements dans diverses régions du monde. Un rapide tour d’horizon, a relevé le Secrétaire général, prouve que l’Internationale est très active et très présente au niveau mondial. L’organisation maintient ses engagements permanents, tels que la lutte pour la paix, comme le révèle la déclaration faite la veille à l’occasion du centenaire de la Déclaration Balfour ; auxquels viennent s’ajouter de nouveaux enjeux d’une grande importance.

Luis Ayala a signalé que depuis plus de trois décennies, en Amérique latine et aux Caraïbes, l’IS et ses partis membres ont été les architectes du relèvement des démocraties. Aujourd’hui, il n’existe plus de dictatures comme celles d’alors grâce aux efforts de tant de personnes au sein de nos propres partis. Or, nous devons agir face à la situation critique au Venezuela, pays qui compte aujourd’hui des prisonniers politiques et où ni les règles ni les institutions de la démocratie ne sont respectées ; nous devons faire front à la tentative du Président Morales de se maintenir indéfiniment au pouvoir en Bolivie ; aux restrictions imposées par le Président Cartes à la vie politique de leaders comme celui du parti membre au Paraguay, Rafael Filizzola ; ou à la menace de judiciarisation de la politique au Guatemala, autant de défis pour les démocraties dans la région qui connaissent une forte implication de l'IS. Les inégalités extrêmes, l’insertion internationale de l’Amérique latine et des Caraïbes, les migrations, le rôle de l’État dans la promotion d’une croissance juste et équitable sont des enjeux importants pour lesquels l’IS est présente, et continuera de l’être. Pour ce qui trait à la lutte pour le respect de l’environnement, le Secrétaire général a rappelé avec indignation l’assassinat de la militante hondurienne Berta Cáceres, dont on a appris quelques jours auparavant, par l’entremise d’un rapport d’un organisme international, qu’il fut commandité par une compagnie électrique et perpétré avec la participation d’agents de l’État. Et le Secrétaire général de conclure que les tâches de l’IS dans cette région sont dès lors cruciales et son programme ambitieux.

Par la suite, le Comité a procédé à la réélection à l’unanimité de Miguel Vargas à sa présidence et a décidé de reporter l’élection de ses vice-présidents au second jour de la réunion, tout en formant une Commission spéciale composée des vice-présidents Sandra Torres (UNE, Guatemala), Rafael Michelini (NE, Uruguay) et Bernal Jiménez (PLN, Costa Rica) avec pour mandat de soumettre au Comité des critères électoraux que devront respecter les candidatures proposées.

Lors de la première journée de rencontre, Bernal Jiménez (PLN, Costa Rica), vice-président de l’IS, est intervenu en soulignant le rôle de l’éducation comme moteur du développement économique et d’une plus grande équité, ainsi que le rôle du bon financement des activités publiques par la voie d’une politique fiscale et d’imposition. L’enjeu pour concrétiser les priorités est éminemment plus politique que technique, a-t-il condamné. Claudio Vásquez (PPD, Chili) a souligné que les politiques sociales-démocrates dans la région doivent garantir à tous les citoyens la jouissance de leurs droits fondamentaux, en identifiant différents niveaux d’actions, dont le terrain municipal qui, à ses yeux, revêt une grande importance tout comme la lutte frontale contre la corruption. Julian Robinson (PNP, Jamaïque) a rappelé le besoin de veiller sur l’identité politique sociale-démocrate, ce qui n’est pas toujours une évidence à l’heure de la mise en œuvre de mesures qui sont également préconisées par des représentants du centre comme de droite, et a par ailleurs insisté sur l’importance de la formation politique. Francisco Rosales (FSLN, Nicaragua) a souligné que parvenir à une juste distribution est encore un défi pour les forces politiques sociales-démocrates, que ces dernières doivent promouvoir les démocraties participatives et inclusives, et que lorsque des politiques d’alliances sont nécessaires dans la région, elles ne devraient pas considérer les forces de droite, comme cela a été le cas en Europe.

Edgard Giménez (PDP, Paraguay), a plaidé en faveur de la réaffirmation de l’identité politique des forces intégrant l’IS pour l’atteinte d’objectifs aussi attendus que peuvent l’être les ODD à l’horizon 2030. Marcelo Stubrín (UCR, Argentine) a indiqué que l’on assiste dans la région à un paradoxe qui veut que les inégalités se soient creusées alors que la pauvreté a reculé, il a également fait mention de son inquiétude au vue de la dégradation de la qualité des institutions ainsi que de leur affaiblissement face à la corruption et au crime organisé, en soulignant l’importance de la coopération entre les nations d’Amérique latine et des Caraïbes dans la recherche de réponses globales à des problèmes locaux. Rafael Michelini (NE, Uruguay), vice-président de l’IS, est revenu sur l’importance de la lutte contre la corruption, évoquant la situation de la récente démission du vice-président de son pays pour avoir utilisé une carte de crédit institutionnelle pour des frais mineurs à des fins personnelles. José Murat (PRI, Mexique) a déclaré que pour lutter contre la corruption et l’impunité, il faut à la fois de la force idéologique et de la cohérence dans les principes qui nous inspirent ; la pensée socialiste dans ses origines et ses opinions peut se résumer à la quête d’un accès aux biens de la culture et au bonheur pour tous, et c’est avec cette idée en tête que notre mouvement doit affronter les divers défis locaux, nationaux, régionaux et mondiaux.

Rubén Berríos (PIP, Puerto Rico), président honoraire de l’IS, a fait part aux membres présents de la dévastation dans laquelle l’ouragan Maria a laissé son pays, précisant qu’après déjà de longues semaines, une bonne partie de l’île n’a toujours ni électricité ni eau potable et selon lui, cette catastrophe naturelle pourrait avoir pour conséquence une remise en question de la part de la population de l’efficacité de l’administration coloniale des Etats-Unis et que cet élan soit recouvert d’un sentiment indépendantiste. Sandra Torres (UNE, Guatemala) s’est félicitée de la présence de femmes à la réunion et leur a lancé un appel à participer activement aux débats en cours ; quant à la situation politique dans son pays, elle a fait part de son inquiétude face à l’importance croissante prise ces dernières années par la dénommée « société civile » au Guatemala et a partagé avec le Comité son appréhension au sujet de ses intérêts, de son programme et d’une tentative de se substituer aux partis politiques dans ce qui relève du service publique, partis qui ont besoin d’être renforcés de manière permanente ; elle est revenue sur les risques de judiciarisation de l’activité politique et ceux encourus par l’élection de candidats qui s’y opposent sans pour autant être en mesure de s’acquitter normalement des tâches gouvernementales fondamentales, à l’instar du Président Jimmy Morales dans son pays ; puis elle a achevé son intervention en indiquant que son parti, fort de 15 ans d’ancienneté, est aujourd’hui la principale force au niveau national qui permette d’envisager les futurs enjeux électoraux avec optimisme.

Francisco Aramayo (UN, Bolivie), a fait part au Comité de l’appréhension des forces politiques d’opposition de son pays face aux agissements du Président Evo Morales et de son parti MAS, qui cherchent par le biais du Tribunal constitutionnel à passer outre l’interdiction qui pèse sur lui de se présenter à un nouveau mandat consécutif, ignorant non seulement le texte même de la Constitution mais également le résultat du référendum de février 2016. Manoel Dias (PDT, Brésil), a porté à la connaissance du Comité l’inquiétude de son parti au sujet des mesures récemment adoptées par le gouvernement du Président Temer, celles qui vont à l’encontre des accomplissements et des avancées atteintes par les administrations précédentes des Présidents Lula et Rousseff ; son parti, ajoute-t-il, a sorti son épingle du jeu lors de la vague générale d’accusations de corruption dans le monde politique au Brésil et son leader, Ciro Gómez, est apprécié de la population et incarne une option aux élections présidentielles de l’année prochaine. Víctor Benoit (FSD, Haïti), reprenant à son compte les commentaires déjà formulés par le Guatemala, soutient que la situation est similaire dans son pays, où l’on vit également sous la présidence d’un outsider, qui n’a clairement ni la préparation ni les compétences requises pour diriger la nation, adoptant de mauvaises mesures et des politiques publiques insuffisantes.

Pedro Neira (PRSD, Chili), a soutenu que les prochains scrutins au Chili, au Honduras, au Costa Rica et en Colombie, pour ne citer que quelques pays de la région qui connaîtront une période électorale au cours des prochains mois, donnent un sens bien particulier aux réunions de cette famille politique, qui permettent un partage d’expériences ; il a également abordé le thème de la diplomatie parlementaire, indiquant que le député de son parti, Fernando Meza, a assumé la présidence du Parlement andin pendant un an et pourrait être intéressé de travailler avec les législateurs du Parlement centraméricain. Ricardo Sancho (PLN, Costa Rica) a signalé que son parti était bien placé dans la course aux élections du 4 février prochain ; et d’ajouter qu’il a observé, dans cadre de ces réunions, un vif intérêt pour le partage d’expériences communes et de bonnes pratiques mises en œuvre par les différents partis, en ajoutant que dans le cas du Costa Rica, le pays comptait un riche patrimoine de mesures environnementales et de lutte contre les changements climatiques.

Le second jour de la réunion, la Commission a remis son rapport de référence dans le cadre de la soumission de propositions au Comité pour ses vice-présidences. S’exprimant au nom de Comité, Rafael Michelini a présenté une proposition dans laquelle figuraient les critères régisseurs de l’élection suivants, conformément aux statuts et à la pratique de l’IS : hiérarchisation (un maximum de trois vice-présidents au total pour le Comité) ; équilibre entre les genres ; équilibre régional et représentativité (la priorité sera donnée aux candidatures de pays et de partis sans autre autorité au sein de l’IS). La proposition de la Commission a provoqué un débat riche et intéressant auquel ont pris part quasiment tous les délégués. Finalement, la proposition fut approuvée. La Commission a déclaré qu’en prenant en considération les candidatures présentées et opportunes, ainsi que les critères venant d’être approuvés, la Commission proposait aux postes de vice-président(e) les personnes suivantes : Rafael Filizzola (PDP, Paraguay), Francisco Rosales (FSLN, Nicaragua), et Eyra Ruiz (PRD, Panama). Le Comité a ratifié la proposition de la Commission.

La matinée s’est conclue par des présentations de rapports sur les situations nationales au Pérou, Panama, Guatemala et Costa Rica.

Avant la fin de la réunion, le Comité a approuvé les déclarations sur la Bolivie, le Nicaragua, Puerto Rico et le Venezuela.

 

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