Réunion du Comité Amérique latine et Caraïbes en République dominicaine

9-10 Mai 2014

Le Comité Amérique latine et Caraïbes de l’Internationale Socialiste s’est réuni les 9 et 10 mai 2014 en République dominicaine, où il était accueilli par le Parti révolutionnaire dominicain (PRD).

En ouverture de cette réunion, le Comité a rendu hommage à José Francisco Peña Gómez, figure de proue du mouvement social-démocrate dans la région et dans le monde, qui a dirigé le PRD pendant de nombreuses années. En plus de commémorer le 16e anniversaire de sa mort le 10 mai, les différents intervenants ont rappelé l’admiration et l’attachement que lui voue l’Internationale Socialiste.

Miguel Vargas Maldonado, président du Comité et dirigeant du PRD, s’est dit très satisfait que cette rencontre soit organisée dans le pays de José Francisco Peña Gómez, qui plus est à la date anniversaire de sa mort. Comme il l’a rappelé, José Francisco Peña Gómez a participé à la création de ce Comité et à l’ouverture de ce mouvement vers toute l’Amérique latine et les Caraïbes. Dans sa présentation de l’ordre du jour, Miguel Vargas Maldonado a souligné l’importance de renforcer la croissance économique et la lutte contre la pauvreté dans la région, de manière à maintenir le bien-être des populations tout en plaçant le développement sous le signe de l’inclusion, de la justice sociale et de la solidarité. En ce qui concerne les défis que connaît actuellement la démocratie, le système électoral doit être renforcé ; il s’agit d’assurer une plus grande participation des citoyens et de se doter d’institutions capables de répondre aux besoins efficacement et en temps voulu, en faisant preuve de transparence et de probité. À l’heure actuelle, éducation, emploi, santé, logement, accès à la culture, au sport et aux loisirs, sécurité et lutte contre la criminalité sont autant de préoccupations pertinentes d’un point de vue social, auxquelles la démocratie doit apporter des réponses adaptées. Parallèlement, il faut également encourager les entreprises d’insertion et renforcer les institutions publiques et privées. Selon Miguel Vargas Maldonado, aujourd’hui, l’État idéal répartit le pouvoir de façon dynamique au sein de la société, afin de favoriser la participation et la décentralisation. Or les partis politiques jouent un rôle essentiel dans la mise en place de ce « nouveau paradigme de développement », qui établit un lien entre l’État et la société civile. Eux aussi sont actuellement confrontés à des défis de taille, notamment celui d’intégrer les nouvelles technologies dans leurs pratiques. Pour mener à bien les transformations sociales que réclament les peuples de la région, plusieurs éléments sont importants : l’élaboration de cadres de travail, le débat idéologique, la discipline et l’unité.

De son côté, le Chilien Luis Ayala, secrétaire général de l’Internationale Socialiste, a remercié Miguel Vargas Maldonado et le PRD pour leur accueil en cette période si importante pour tous. Comme il l’a rappelé, les partis qui intègrent aujourd’hui l’IS partagent les mêmes rêves que José Francisco Peña Gómez et perpétuent le travail qu’il a accompli toute sa vie. Ainsi, la longue et riche histoire commune qu’il a initiée continuera de se prolonger à l’avenir. Pour mémoire, en 1978, une première mission de l’IS s’est rendue à Saint-Domingue, en présence des leaders progressistes de la région, pour saluer la victoire du PRD et d’Antonio Guzmán aux élections présidentielles, afin que leur triomphe dans les urnes ne puisse être ignoré. Deux ans plus tard, en 1980, la République dominicaine accueille une grande conférence qui donne naissance au Comité. Cette initiative traduit les aspirations communes de nombreux membres, qui, après l’Europe, souhaitent créer un deuxième grand pilier du mouvement social-démocrate en Amérique latine et Caraïbes. Pendant les années 80, l’Internationale Socialiste et plus particulièrement son Comité régional se concentrent principalement sur le retour de la démocratie et le respect des droits de l’homme dans la région. Dans cette optique, José Francisco Peña Gómez reçoit le soutien de leaders européens comme Willy Brandt lui-même et François Mitterrand, en plus des figures politiques qui émergent du mouvement pour la démocratie en Amérique latine et aux Caraïbes : Raúl Alfonsín, Carlos Andrés Pérez, Alan García, Rodrigo Borja, Jaime Paz Zamora, Óscar Arias, Leonel Brizola et bien d’autres. Aujourd’hui, la réalité politique du continent est source de satisfaction, puisqu’elle vient couronner l’engagement de ces années. José Francisco Peña Gómez a toujours accompagné les efforts en faveur de la démocratie dans son pays et dans la région. C’est pourquoi au-delà de la République dominicaine, sa présence et son héritage ont une dimension latino-américaine et universelle.

Pour ce qui est des thèmes à l’ordre du jour, le secrétaire général a rappelé que les économies émergentes d’Amérique Latine et des Caraïbes semblent avoir eu moins de mal à se remettre de la crise financière de 2008, par rapport aux États-Unis ou aux pays européens. Ces derniers sont encore durement touchés, notamment en raison des politiques d’austérité et de leurs conséquences sociales et humaines. L’effet observé est un retour des nationalismes et des messages populistes qui présentent de façon simpliste la réponse aux défis d’un monde toujours plus complexe. Autre conséquence, le multilatéralisme semble parfois affaibli, laissant place à une nouvelle guerre froide. Cette région du monde ne doit donc pas relâcher ses efforts et continuer de faire en sorte que le rêve d’un destin commun, de paix et d’internationalisme ne soit pas déformé.

Une fois les démocraties restaurées en Amérique latine et dans les Caraïbes, il a fallu conquérir les libertés et les droits. Les conflits qui sévissent actuellement dans le monde sont liés à l’absence de liberté et de droits dans des domaines très variés : politique, droits de l’homme, origines ethniques, religion, identité sexuelle, peuples autochtones, etc. Le défi auquel sont confrontées les démocraties devient évident lorsque même après des élections libres et équitables, les libertés et droits ne semblent pas progresser. Le combat actuel ne consiste donc pas à réinstaurer la démocratie, mais à résoudre ces problèmes en veillant à ce que tous bénéficient des mêmes droits et libertés. Enfin, le secrétaire général a répété à quel point tous les membres régionaux de l’IS sont heureux de pouvoir perpétuer les objectifs de José Francisco Peña Gómez, ambitions qui restent d’actualité au sein du Comité, présidé par un autre Dominicain : Miguel Vargas Maldonado. Le secrétaire général a également invité le Comité à se joindre a tous les partis de l’IS lors de la prochaine réunion du Conseil, programmé à Mexico les 30 juin et 1er juillet.

Deuxième point à l’ordre du jour, Elsa Espinosa Chamorro du PRI mexicain, a été élue vice-présidente du Comité à l’unanimité. Elle a été félicitée par Margarita Zapata (FSLN, Nicaragua) et Clara Lieberman (PLN, Costa Rica), qui ont rappelé à quel point il est important que les femmes soient représentées au sein de l’IS, enjoignant au passage les élues à exercer activement leur mandat, quel que soit leur poste. Elsa Espinosa a quant à elle remercié le Comité de l’avoir choisie, avant de s’engager à travailler résolument aux tâches fixées par ce dernier et à l’égalité hommes-femmes.

Chargé de présenter la situation économique dans la région, Bernal Jiménez (PLN, Costa Rica), vice-président de l’IS, a souligné que si à l’heure actuelle, l’Amérique latine et les Caraïbes font des progrès évidents dans la consolidation des démocraties, il reste du chemin à parcourir pour la construction d’une démocratie sociale offrant davantage de bien-être à ses peuples. Pour ce faire, la croissance économique doit être redistribuée équitablement. La croissance dans les pays de la région ces 30 dernières années a été analysée : il en ressort la lenteur globale de ces progrès et le risque associé au niveau très bas d’investissement et de création de richesse. Néanmoins, selon Bernal Jiménez, les dix dernières années sont plus positives, la crise de la dette ayant obligé les gouvernements et organismes multilatéraux à concevoir ensemble des programmes et plans économiques. Ces dernières années, plusieurs éléments se sont détachés dans la région : la maîtrise de l’inflation, les taux d’intérêt bas, la maîtrise fiscale et l’ouverture des pays au commerce et à la finance internationaux. Cependant, ces initiatives prometteuses ainsi que les indicateurs macroéconomiques stables ne suffisent pas à atteindre une meilleure justice sociale, une équité et un développement complet. En ce qui concerne la réduction des inégalités sur le continent, ces dernières années, les chiffres sont plus encourageants que dans les années 80 et 90. L’État doit agir avec détermination pour réduire davantage cet écart. Les économies de marché sont à la hausse, mais sans assurer de justice sociale ; seuls les gouvernements faisant preuve de force et d’intelligence dans les domaines salarial et fiscal permettent une redistribution plus juste des richesses. Bernal Jiménez a également rappelé qu’il est crucial de tendre vers une croissance verte et un développement durable. À ce sujet, il a souligné l’importance de l’éducation, de la recherche et du développement scientifique et technologique pour stimuler la croissance économique. En conclusion, il a insisté sur le fait que les politiques sociales-démocrates doivent : favoriser le bien-être en adoptant une justice fiscale et une bonne gouvernance ; lutter contre la corruption ; et augmenter l’investissement dans l’éducation, notamment dans le domaine des sciences et technologies, afin de permettre un développement économique solide en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Ce point était également débattu par Iván Rodríguez (PRD, République dominicaine), Francisco Rosales (FSLN, Nicaragua), Clara Lieberman (PLN, Costa Rica) et Ricardo Navarrete (PRSD, Chili), qui étaient d’accord avec les différents arguments. Ils ont pour leur part souligné le besoin d’augmenter les dépenses dans l’éducation, méthode idéale pour améliorer la qualité de l’emploi, la productivité et, en définitive, le développement économique des pays ainsi qu’une répartition plus juste des richesses. À ce sujet, Ricardo Navarrete a évoqué la réforme fiscale proposée par la présidente du Chili Michelle Bachelet afin d’obtenir une meilleure redistribution des richesses. Ce projet vise à percevoir 8,2 milliards de dollars pour financer une profonde réforme de l’éducation, le but étant de mettre en place à tous les niveaux un enseignement gratuit, de qualité, afin d’augmenter les connaissances culturelles, l’insertion professionnelle et les revenus de toute la population.

Concernant les défis que connaît la démocratie, le Comité a écouté la présentation de Victor Benoit (FSDH, Haïti), vice-président de l’IS. Ce dernier a rappelé que l’engagement envers la démocratie, les droits de l’homme et la justice sociale est une constante au sein du mouvement social-démocrate. Les dictatures de Duvalier, Trujillo ou Pinochet, parmi tant d’autres, ont longtemps dominé la région au XXe siècle, période régie, entre autres considérations, par les conditions imposées dans le cadre de la Guerre froide. S’il est vrai que les progrès présents sont indéniables et précieux, l’engagement envers les valeurs démocratiques ne suffit plus. Aujourd’hui, le peuple demande que cette même démocratie réponde aux besoins économiques et sociaux. Les nouvelles difficultés ont été identifiées, notamment les voix qui dénigrent la valeur même de la démocratie sous prétexte qu’elle ne produit pas les résultats escomptés. Ces accusations sont formulées par les oligarchies et les élites, mais aussi par des populismes de divers horizons politiques. À ce propos, Victor Benoit parle de « démocradures » : des systèmes qui prennent les outils officiels de la démocratie et qui les détournent en contrôlant les tribunaux, les parlements et la corruption généralisée. Selon lui, les partis politiques progressistes doivent faire tout leur possible pour éviter l’échec des démocraties. Une démocratie participative et sociale assure une relation harmonieuse entre élus et électeurs, et empêche les populismes de mettre en doute l’utilité concrète et quotidienne de ce système politique, questionnement sur lequel reposent leurs propositions. Enfin, Victor Benoit a cité José Francisco Peña Gómez : « Au pouvoir, on n’improvise pas. » Il souhaitait ainsi souligner l’importance de progresser dans la création de nouveaux cadres politiques, en encourageant la parité.

Sur ce sujet, le Comité a également écouté Junior Santos (PRD, République dominicaine), Enrique Márquez (UNT, Venezuela), Marcelo Stubrin (UCR, Argentine), Francisco Rosales (FSLN, Nicaragua), Edmonde Supplice (FSDH, Haïti), Alberto Despradel (PRD, République dominicaine), Isadora Zubillaga (VP, Venezuela) – qui a remis au Comité une lettre écrite par le leader de Voluntad Popular, Leopoldo López, incarcéré à Ramo Verde au Venezuela – Ricardo Navarrete (PRSD, Chili), Felipe Mujica (MAS, Venezuela), Timoteo Zambrano (UNT, Venezuela), Janet Camilo (PRD, République dominicaine) et Clara Lieberman (PLN, Costa Rica).

Rafael Michelini (NE, Uruguay), vice-président de l’IS, était chargé d’évoquer les partis politiques et les nouveaux défis auxquels ils sont confrontés. Il a commencé par rappeler le rôle passé et présent des partis politiques dans le bon fonctionnement de la démocratie. Les partis doivent représenter la volonté populaire, ce qui nécessite une structure et des moyens. La concurrence électorale entre les divers candidats doit être réelle et équitable. Or il ne suffit pas de veiller à la transparence du scrutin. Sur notre continent, les partis politiques disposent de ressources considérablement déséquilibrées, problème qui est particulièrement exacerbé pendant les campagnes électorales. Dans beaucoup de pays, les partis de droite obtiennent plus facilement des financements privés et une visibilité dans les médias. Cet écart peut être partiellement comblé par des lois garantissant le financement public des campagnes, le contrôle des frais de campagne et la vérification de l’origine des fonds utilisés dans l’activité politique. Pour les forces de gauche, ce type de disposition permet que les candidats soient présentés aux électeurs de manière plus juste. Un autre aspect doit être étudié attentivement : la mise en place d’une parité hommes-femmes dans la représentation politique. De même, les petits partis doivent être pris en considération dans les systèmes électoraux, qui doivent être suffisamment proportionnels.

Le thème de la participation est de la plus grande importance : les partis de gauche doivent lutter contre le désintérêt des citoyens. Lorsqu’une élite exerce le pouvoir à l’écart d’un peuple peu désireux de participer aux décisions politiques, ce phénomène nuit à la démocratie. Rafael Michelini a analysé le contexte uruguayen, où le parti Front large (Frente Amplio) regroupe des forces politiques très variées et gouverne le pays depuis plusieurs années. En raison de cette diversité, une très large participation est nécessaire pour l’élaboration du programme gouvernemental : dans le cas de l’Uruguay, près de 10 000 personnes contribuent au programme qui sera soumis aux Uruguayens lors des élections présidentielles du second semestre. Selon Rafael Michelini, Front large associe savamment unité, pluralité, organisation et intelligence.

Ce point de l’ordre du jour était également débattu par les délégués Salim Ibarra (PRD, République dominicaine), Roberto Birri (PS, Argentine) et Celso Delgado (PRI, Mexique).

Les partis membres du Comité ont ensuite présenté leur situation dans leurs pays respectifs. À cette occasion, Henry Ramos, vice-président de l’IS, a décrit en détail la situation critique au Venezuela, au nom de tous les délégués de son pays. D’autres nations ont été évoquées : Porto Rico, par Fernando Martín (PIP) ; l’Argentine, par Roberto Birri (PS) ; le Brésil, par Marcio Bins (PDT) ; et le Panama, par Héctor Alemán (PRD).

En conclusion de ses travaux, le Comité a adopté une déclaration générale concernant les thèmes à l’ordre du jour : l’économie, la démocratie et les partis politiques. Le Comité a également adopté une résolution concernant le Venezuela, ainsi que des déclarations à propos d’Haïti et du Chili.

Participants, couverture de presse

You are currently offline. Some pages or content may fail to load.