Réunion du Comité de l'Internationale Socialiste pour la CEI, le Caucase et la Mer Noire, à Minsk, Bélarus

8-9 Novembre 2019

 

Le Comité de l’IS pour la CEI, le Caucase et la mer Noire a tenu une réunion de deux jours à Minsk les 8 et 9 novembre 2019, accueillie par le parti membre de l’IS au Bélarus, Narodnaya Gramada. L’ordre du jour de la réunion a porté sur les priorités actuelles des partis sociaux-démocrates de la région, intégrant les rapports et des débats sur la situation nationale à laquelle chacun des partis membres représentés est confronté. Les discussions ont ensuite porté sur les questions portant sur la démocratie et ses institutions démocratiques dans la CEI, le Caucase et la mer Noire, les conflits à surmonter et le maintien de la paix, ainsi que sur la poursuite du renforcement de la social-démocratie dans la région. La réunion était présidée par Mikalai Statkevich (Bélarus, Narodnaya Gramada), Araz Alizadeh (Azerbaïdjan, SDPA) et Alexandra Dobolyi (Hongrie, MSzP), coprésidents du Comité.

À l’ouverture de la réunion, le secrétaire général de l’IS, Luis Ayala, s’est adressé aux participants en revenant sur le long engagement de l’IS au Bélarus et l’attachement de ses partis membres au sein de la famille politique sociale-démocrate mondiale. Remarquant que trente ans précisément se sont écoulés depuis la chute du mur de Berlin, il a réaffirmé que la social-démocratie a toujours été du côté des libertés, des droits et du changement démocratique, et que les partis sociaux-démocrates existent désormais dans toute la CEI, où ils se retrouvent confrontés à des enjeux complexes. Le progrès vers la démocratie n’a pas suivi le cours attendu dans certaines régions du monde, y compris celle-ci, rendant la vision des sociaux-démocrates nécessaire en l’absence d’élections libres et justes dans un certain nombre de pays postsoviétiques. Et au sein même des systèmes démocratiques, le néolibéralisme a exacerbé l’écart entre les riches et les pauvres, creusant les inégalités qui, à leur tour, mettent la démocratie à mal.

Mikalai Statkevich, président du parti hôte et coprésident du Comité, a salué chaleureusement tous les participants et remercié l’IS et ses membres pour leur soutien et solidarité au fil des ans à la lutte à la fois personnelle et de son parti pour les droits démocratiques et les libertés au Bélarus. Il a décrit la situation qui prévaut dans le pays sous le joug d’un régime autoritaire aux mains d’une même personne pendant 25 ans, au parlement purement décoratif et aux élections truquées pour favoriser le parti au pouvoir, et où le pouvoir judiciaire est entièrement à la solde du régime.

En amont de la campagne électorale pour les présidentielles de 2020, le parti Narodnaya Gramada lutte pour le droit de Mikalai Statkevich à se porter candidat. À la suite de sa libération en 2015, après plus de quatre années passées comme prisonnier politique, ses droits ont été muselés pendant huit années supplémentaires, période pendant la laquelle il s’est vu refuser toute participation aux élections. Tant que le dictateur jouit du droit de nommer ses rivaux, la société se voit nier le droit à se passer de lui, ce qui n’empêche pas M. Statkevich d’estimer que des changements drastiques sont inévitables au Bélarus et le parti de gagner en puissance grâce au soutien et à la solidarité de ses amis du monde entier, afin d’être en position de porter ces changements positifs pour le pays et son peuple.

Le Comité a offert son soutien le plus sincère à M. Statkevich et à Narodnaya Gramada dans leurs préparatifs en amont des élections à venir, confiant du soutien du Conseil de l’IS pour leurs efforts lors de sa prochaine réunion, appelant de ses vœux de futurs processus électoraux se rapprochent davantage d’élections justes et démocratiques que par le passé. Le Secrétaire Général de l’IS a assuré que l’IS fera pleinement usage de sa plateforme et de son profil internationaux pour attirer l’attention du monde entier sur l’absence de démocratie, de droits et de liberté au Bélarus, afin de compter sur une forte présence internationale dans le pays et mobiliser les institutions internationales pour assurer des élections libres et justes au Belarus en 2020.

Au deuxième jour de la réunion, d’autres perspectives relatives à l’absence de solidarité, de liberté et de justice au Bélarus ont été partagées par le syndicaliste Gennady Fedynich, qui a fait état des pressions subies par les membres du syndicat. On l’a empêché d’assister à la séance inaugurale de la réunion du fait de son assignation à résidence, un statut créé par le gouvernement pour justifier son assertion d’absence de prisonnier politique. Il estime que l’État a abandonné son peuple, et que des réformes urgentes sont nécessaires dans le domaine des retraites et des salaires pour améliorer le niveau de vie dans le pays.

Le Comité s’est vu remettre un rapport de la délégation du SDPK du Kirghizistan au sujet des récents événements survenus dans le pays, où la situation politique s’est détériorée au lendemain de la détention de l’ex-président Almazbek Atambayev, accompagnée d’allégations d’arrestations de nombreux membres de la direction du parti, victimes de coups physiques portés en prison et d’obstacles au bon fonctionnement du parti. Le SDPK, premier parti d’opposition de la région postsoviétique à accéder au pouvoir, poursuit ses activités aujourd’hui en tant que parti de l’opposition du fait des mouvances contraires à la démocratie et favorables à une politique orientée vers le clan à l’œuvre ces dernières années.

En réponse à la crise politique au Kirghizistan, le Comité a décidé qu’une délégation de l’IS se rendra dans le pays dans un avenir immédiat pour ouvrir le dialogue avec les représentants du gouvernement du Kirghizistan, du SDPK et de l’ex-président Almazbek Atambayev, en vue de procéder à une évaluation étayée de la véritable situation dans le pays. L’IS ne peut accepter que l’un de ses partis membres soit détruit, et s’engagera pleinement en formulant des demandes claires aux acteurs du processus politique au Kirghizistan et en mobilisant la communauté et les institutions internationales afin que la crise politique fasse l’objet de toute l’attention qu’elle mérite.

Concernant l’Azerbaïdjan, le coprésident du Comité, Araz Alizadeh, a déclaré qu’un accroissement du budget social et une augmentation du salaire minimum ne sont pas des mesures suffisantes. Selon lui, la véritable démocratie est loin d’être atteinte dans tous les pays de la CEI, où les politiciens n’ont pas réussi à trouver la clé du cœur de leur peuple. Dans peu de temps, le SDPA participera aux élections municipales sur une plateforme cherchant à accroître les droits des autorités municipales. Il estime que le pays pourrait davantage progresser si la question du Nagorno-Karabakh était résolue.

Dans la courte période écoulée depuis la précédente réunion du Comité, d’importants changements ont eu lieu en Arménie, où une vague de protestations a éclaté en avril 2018. Aux élections parlementaires de décembre 2018, une nouvelle alliance a été élue en remportant un record de 70 % des voix et pour la première fois, le parti membre de l’IS, ARF-D, n’a obtenu aucun siège au parlement. Néanmoins, le parti a continué de plaider en faveur de toute réforme basée sur la constitution arménienne, dans le but de défendre l’objectivité des processus de transition, et de croire dans la séparation des pouvoirs dans le pays en faveur de l’établissement d’une véritable démocratie.

À la suite de l’investiture du nouveau président du Kazakhstan en mars 2019, le pays a vu son peuple se réveiller, se rendre compte de sa propre volonté, de son vote et de sa capacité à être instigateur de changements. En tant que seul parti d’opposition enregistré, le parti membre de l’IS, l’OSDP, a œuvré pour faire évoluer la situation, alors que le système électoral majoritaire est en crise. Askhat Rakhimzhanov, le nouveau président de l’OSDP, a détaillé les changements survenus au sein de son parti et les défis qu’il doit actuellement relever.

Les récents processus électoraux en Russie ont fait montre de résultats positifs pour le parti Une Russie juste à Moscou, à Saint-Pétersbourg et à Sébastopol, accusant une augmentation du nombre de députés régionaux élus. Le parti a concentré son énergie sur la poursuite de sa campagne et de ses actions parlementaires pour faire pression sur le parti au pouvoir, alors que tous les partis de Russie se préparent actuellement pour les élections de 2020. Le parti se déclare contre l’injustice sociale à l’origine des récentes protestations à Moscou, mais n’a participé à rassemblement organisé par des autres forces de l’opposition.

Les récents changements intervenus en Ukraine ont été décrits dans le contexte d’un régime autoritaire hérité de l’indépendance et de la tendance aux oligarchies des années1990, qui a vu le pouvoir passer aux mains du monde des affaires et des riches. L’élection du président Zelensky était absolument inattendue et incarne la victoire du peuple sur le système oligarchique, bien que l’état global des choses doive encore évoluer au vu de l’absence d’amélioration de la situation générale du pays. Une réforme importante et nécessaire porte sur l’élimination des conditions financières imposées aux partis politiques pour toute participation aux campagnes nationales, afin que tous les partis, y compris le parti membre de l’IS SDPU, puissent participer.

Le secrétaire général de l’IS a également fait part de contacts pris avec les partis membres de l’IS en Géorgie (SDD) et en Moldova (PDM), lesquels adressent leurs sincères salutations au Comité. Dans le cas de la Moldova, la situation politique dans le pays est particulièrement complexe, avec la planification de sessions parlementaires cruciales ces jours, empêchant un représentant du PDM de se rendre à Minsk.

Les discussions portant sur la démocratie dans la région se sont concentrées sur les défis à relever pour l’établissement de systèmes véritablement démocratiques, plus de vingt ans après l’indépendance. Lors des débats, Alexandra Dobolyi (du parti MSzP, en Hongrie, et coprésidente du Comité) a remarqué qu’en Europe occidentale son pays commençait à être perçu comme une dictature de l’Est, alors qu’à l’Est, il est perçu comme une démocratie occidentale, soulignant l’importance de placer la lutte pour la démocratie dans toute la région dans un contexte approprié. Bien que le degré de démocratisation varie d’un pays à l’autre, des enjeux communs existent, du fait de processus électoraux souvent mis en scène pour garantir la mainmise des personnes au pouvoir.

De nombreuses interventions ont porté sur le rôle crucial des institutions démocratiques dans un système politique orchestré pour miner la passation de pouvoir démocratique. Bien que les problèmes des pays de l’ex-Union soviétique ne sont pas identiques et les élections organisées différemment, l’absence d’institutions solides et indépendantes est un problème récurrent. Les partis sociaux-démocrates de la région doivent coopérer et partager leurs expériences concernant la manière dont les élections sont organisées, ainsi que sur la manière de surveiller et d’observer efficacement les processus électoraux. Un autre enjeu de taille pour les sociaux-démocrates est la capacité de saisir les occasions offertes par la démocratisation de l’information. Les jeunes sont plus conscients que jamais du monde au-delà des frontières nationales, ils sont politisés et ne se contentent pas des structures autoritaires du passé. Les partis sociaux-démocrates doivent se faire les voix de cette génération et les architectes du changement démocratique dans la région de la CEI, à l’instar de ce qu’ils ont fait dans d’autres régions du monde pendant des décennies.

L’absence de démocratie et transparence dans la région a également été identifiée comme un facteur contribuant au manque de progression dans la résolution des conflits. Le contexte historique peut également être un obstacle majeur à la coopération internationale, étant donné que les attitudes négatives envers différentes nationalités et groupes ethniques se basent bien souvent sur des injustices et différents issus du passé. C’est en passant par un processus de réconciliation et de remédiation aux griefs historiques qu’il est possible de tourner la page sur les actions passées et de tisser de futurs liens pacifiques et mutuellement bénéfiques.

Couverture de presse de la réunion

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