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Conseils

CONSEIL DE GENEVE - Faire fonctionner les marchés mondiaux dans l'intérêt de tous

23-24 novembre 1998


Quelques trois cents leaders et représentants appartenant à plus de cent partis et organisations se sont rassemblés au Palais des Nations, Nations Unies Genève à l'occasion de la réunion du Conseil de l'Internationale Socialiste les 23-24 novembre. Les participants se sont réunis pour centrer leurs discussions sur les thèmes 'Faire fonctionner les marchés mondiaux dans l'intérêt de tous: le rôle des gouvernements et des institutions pour assurer une économie mondiale durable', et 'Priorité à la paix et à la démocratie: les cas du Proche-Orient, de l'Algérie, de la Région des Grands Lacs, et du Kosovo'.

Les délégués ont été accueillis par Gérard Ramseyer, président du Conseil d'Etat dans la République et Canton de Genève laquelle, a t-il déclaré, plaçait réellement 'les êtres humains au centre de nos préoccupations'. Ursula Koch, présidente du Parti Socialiste Suisse, exprimant ses espoirs pour une excellente réunion, a affirmé que son parti était ouvert au monde et se réjouissait de travailler avec des partis social-démocrates de tous les continents.

La parole a été donnée à Isabel Allende du Parti Socialiste du Chili, qui s'est exprimée quelques jours avant la décision au Royaume-Uni concernant l'extradition de l'ancien dictateur Augusto Pinochet, et a remercié la communauté internationale pour ses efforts quant à la promotion de la justice et de la solidarité. Elle a ajouté: 'Nous croyons que l'humanité a fait un pas en avant en montrant du doigt ces dictateurs qui exercent toujours le pouvoir et va dans ce sens en affirmant qu'il ne devrait plus y avoir d'impunité'.

Dans son discours d'ouverture, le président Pierre Mauroy a déclaré qu'il y avait actuellement deux motifs d'inquiétude majeure. La première étant la crise économique, la deuxième étant l'Afrique qui se déchirait. Ces deux questions étaient au coeur de l'ordre du jour de la réunion. Il a accueilli les développements en Europe conduisant à une intégration continentale et régionale plus grande, ainsi que les signes 'd'une volonté politique émergente'. Pierre Mauroy a urgé les partis membres de l'IS de continuer à développer et à rester engagés envers nos valeurs partagées: 'A la globalisation de l'activité économique doit répondre la globalisation équivalente des politiques dans le combat pour plus de liberté, de justice et de dignité humaine'.

Le secrétaire général Luis Ayala a annoncé que des messages du Secrétaire-Général des Nations Unies, Kofi Annan, et du Directeur-Général des Nations Unies Genève, Vladimir Petrovsky, avaient été reçus. Commentant sur la nature opportune et appropriée de la réunion, Kofi Annan a écrit: 'Nous devons plus que jamais nous rassembler pour gérer ce changement, le plus grand défi posé par la globalisation est plus que jamais celui de la bonne gouvernance dans son sens le plus large. Nous devons plus que jamais montrer des qualités de dirigeants à un niveau global. Nous devons plus que jamais forger des nouveaux partenariats'.

Faire fonctionner les marchés mondiaux dans l'intérêt de tous

Introduisant le thème principal, le premier ministre António Guterres, leader du Parti Socialiste portugais, a affirmé qu'il croyait que la situation financière actuelle était le résultat prévisible et incontournable d'une économie globale basée sur des marchés non régulés. Alors qu'au niveau national, les économies de marché fonctionnaient à l'intérieur du cadre d'un Etat régulateur et d'une société civile organisée, ceci ne pouvait pas être dit de l'économie mondiale. Présentant à la discussion les points contenus dans la déclaration 'Régler la Globalisation et Globaliser la Régulation' préparés par le Comité sur la Politique économique, le Développement et l'Environnement, SICEDE, qu'il préside, António Guterres a conclu en mettant l'accent sur ce que le fait de trouver des solutions aux problèmes actuels était une responsabilité morale aussi bien que politique incombant à la communauté internationale.

Juan Somavía, président du Conseil Economique et Social des Nations Unies, ECOSOC, et directeur élu de l'Organisation Internationale du Travail, OIT, a préconisé le développement d'un cadre responsable et équitable pour 'gérer l'économie globale émergente et son impact sur nos sociétés'. Il a fait référence au défi de promouvoir en même temps l'équité et la productivité, ainsi que la croissance durable et la justice sociale. Il a ajouté qu'une coopération multilatérale accrue entre les institutions internationales était nécessaire, il a terminé en déclarant: 'Au milieu de l'indifférence morale actuelle, nous avons besoin de la passion et de la volonté de faire du monde un meilleur endroit pour tous'.

De nombreux leaders ont également contribué au débat y compris le premier ministre Abderrahman Youssoufi, premier secrétaire de l'Union Socialiste des Forces Populaires du Maroc, qui a pris la parole sur la nécessité de trouver une réponse collective à la crise continuelle à un moment où des accords financiers, spéculatifs avaient un impact si important sur l'économie réelle et sur nos sociétés. Le nouveau président des Démocrates de Gauche d'Italie, Walter Veltroni, a annoncé qu'il croyait en la possibilité d'agir afin d'éviter la récession globale. Sans toutefois nier les effets ambigus de la globalisation, il a maintenu que la crise que nous avions devant nous aujourd'hui n'était pas une crise de la globalisation, mais qu'il s'agissait 'd'un certain modèle de globalisation sulbalterne à la religion des marchés sans règle'. François Hollande, premier secrétaire du Parti Socialiste français, a souligné quatre pistes prioritaires pour la réforme: la transparence; la régulation; une nouvelle architecture financière; et, la mise en place d'un Conseil de Sécurité économique. Le secrétaire général du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, Joaquín Almunia, a traité de l'impact de la globalisation sur le fonctionnnement convenable de l'Etat, des gouvernements et des institutions supranationales, ainsi qu'à la nature changeante de la souveraineté nationale. Gyula Horn, ancien premier ministre de Hongrie et un vice-président de l'IS, a mis l'accent sur la nécessité d'améliorer les infrastructures et sur l'importance d'investir dans les ressources humaines. Donnant un aperçu de la perspective asiatique, Takako Doi, leader du Parti Social-Démocrate du Japon, a réaffirmé que les premières victimes des difficultés économiques ont été les personnes les plus faibles et les plus vulnérables dont le mouvement social-démocratique s'est engagé à protéger les droits. Jaime Paz Zamora, président du Mouvement de la Gauche Révolutionnaire, MIR-Nouvelle Majorité, Bolivie, a exposé quelques préoccupations latino-américaines. La globalisation, a t-il dit, a généré des 'néo-nécessités', telles que le besoin d'information, de savoir-faire, d'accès à la technologie, au crédit, à la finance, qui devaient être appliquées au niveau mondial pour éviter d'engendrer une nouvelle sorte de pauvreté.

Représentant le Parti Social-Démocrate d'Allemagne, récemment installé au gouvernement, Christoph Zöpel a souligné les nouveaux points exigés par les relations économiques mondiales actuelles. Petre Roman, président du Parti Démocratique, Roumanie, s'est adressé aux délégués sur l'impact de la globalisation en Europe de l'Est. Porfirio Muñoz Ledo, un des leaders du Parti de la Révolution Démocratique, Mexique, a considéré les détails pratiques de la réponse social-démocratique à la globalisation, en termes financiers, économiques, sociaux et démographiques.

Le Conseil a adopté la déclaration: 'Régler la globalisation et globaliser la régulation' qui a présenté des propositions afin de restructurer les déséquilibres actuels de l'économie mondiale, en se concentrant sur un cadre permettant de développer des économies en transition, en restructurant l'aide au développement, en encourageant la croissance viable en coordonnant les politiques économiques, et en réformant la structure internationale de réglementation financière et économique. La déclaration a conclu: 'Régler la globalisation et globaliser la régulation ne concerne pas uniquement les institutions financières internationales. Ce devrait être le moyen d'introduire un nouvel ordre international, qui pourrait renforcer la démocratie et encourager la solidarité. C'est également une grande responsabilité pour les gouvernements et les partis politiques de l'Internationale Socialiste'.

 

Priorité à la paix et à la démocratie

Le second thème politique à l'ordre du jour a permis d'examiner les développements dans des régions où l'établissement de la paix et le renforcement de la démocratie sont sévèrement menacés et dans lesquelles les événements se déroulent rapidement.

Bjørn Tore Godal, président du Comité Moyen-Orient, SIMEC, du Parti Travailliste Norvégien, a présenté au Conseil les conclusions de la réunion de son comité. Shimon Peres, un vice-président de l'IS, a parlé des politiques internes actuelles, et des attentes économiques dans la région, il a également suggéré qu'un gouvernement d'union nationale en Israël pourrait être plus approprié pour poursuivre le processus de paix. Hani Al-Hassan, président de la Commission des affaires étrangères du Fatah, a examiné les signaux positifs et négatifs émergeant au Moyen-Orient, et a fait référence aux frustrations du peuple palestinien comme ce qu'il considère des engagements non remplis. Ephraim Snéh du Parti Travailliste Israélien a parlé de la faible lueur d'espoir dans son pays, et a traité d'autres questions de préoccupation dans la région du Moyen-Orient en général. Ester Mordoch, Meretz, Israël, a considéré les tâches des partis d'opposition en Israël et leurs responsabilités dans le processus de paix. La déclaration sur le Moyen-Orient adoptée par le Conseil a accueilli l'impulsion donnée par l'accord de Wye River, qui appelait, entre autres choses, à un suivi rapide des clauses à cet égard et pressait l'Europe à un plus grand engagement dans la région.

D'autres résolutions sur le Moyen-Orient ont été adoptées concernant les développements encourageants pour la paix dans la région Kurde en Irak du Nord; l'une exprimant la satisfaction du Conseil sur le fait que la dernière crise en date entre l'ONU et l'Iraq ait été résolue; et une autre condamnant les violations sérieuses et nombreuses des droits de la personne humaine commises sous le régime Taliban en Afghanistan.

Pauline Green, leader du Groupe Parlementaire du Parti des Socialistes Européens, a introduit une déclaration se rapportant à l'arrestation d'Abdullah Öcalan en Italie, qui affirmait son soutien au gouvernement italien et au premier ministre D'Alema.

Le Conseil, dans une résolution sur le Maroc, a offert son soutien au gouvernement marocain et a affirmé l'importance de la nouvelle étape politique dans ce pays.

Philippe Busquin, leader du Parti Socialiste, PS, Belgique, et président du Comité des Elus locaux et régionaux, a fait son rapport au Conseil sur le succès de la Deuxième Conférence Mondiale de Maires de l'IS qui a eu lieu à Fès.

Le premier secrétaire du Parti Socialiste du Sénégal, Ousmane Tanor Dieng, président du Comité Afrique, a adressé la question des crises en Afrique et a introduit la 'Déclaration sur les conflits en Afrique', qui a ensuite été adoptée par le Conseil. La déclaration a examiné en détail les différents motifs et la nature des conflits dans la région, et a offert des moyens d'améliorer la situation. Pedro Pires, leader du Parti Africain de l'Indépendance du Cap-Vert, et vice-président du Comité Afrique, a fait remarqué l'importance de la coopération entre les états et l'intégration économique pour l'avenir de l'Afrique.

En ce qui concerne le conflit continuel en Algérie, dont le leader du Front des Forces Socialistes, Hocine Aït Ahmed, a réaffirmé qu'il provoquait un appauvrissement sans précédent et un risque d'explosions social incontrôlable, une résolution a été adoptée par le Conseil dans laquelle prévalait l'espoir que les élections présidentielles en avril 1999 fourniraient 'une nouvelle chance pour amorcer un processus politique de sortie de la crise'.

En réponse à la situation en Guinée Equatoriale, une déclaration a été présentée exprimant la solidarité avec ces représentants du parti membre la Convergence pour la Démocratie Sociale, qui avaient été arrêtés la veille des élections parlementaires. S'attachant au cas du Sahara Occidental, le Conseil a appelé toutes les parties concernées à coopérer pleinement pour la tenue d'un référendum libre, juste et démocratique.

Président du Parti Socialiste Hongrois, László Kovács, co-président du Comité pour l'Europe Centrale et Orientale, SICEE, a rendu compte des délibérations de la réunion du Comité qui a eu lieu la veille du Conseil, et qui a préparé la 'Déclaration sur l'Europe du Sud-Est', avec une référence particulière à la situation au Kosovo, ayant ensuite été adoptée au Conseil.

Le Conseil a également adopté une résolution mettant l'accent sur l'importance de la stabilité en Russie pour le continent européen, et une autre sur le Caucase, accueillant la consolidation continuelle de la démocratie dans la région.

Considérant les questions de la paix et de la démocratie dans la région Asie-Pacifique, une résolution a été adoptée exprimant l'inquiétude réelle du Conseil face à l'emprisonnement de Lim Guan Eng, secrétaire général adjoint du Parti d'Action Démocratique, DAP, le parti malais membre de l'IS. Une résolution apportant son soutien au Comité représentant le Parlement Populaire en Birmanie, et, une autre sur le Timor Oriental qui a appelé les autorités indonésiennes à respecter les droits de la personne humaine et le droit à l'autodétermination de ce territoire ont également été adoptées.

Une déclaration a été présentée en réponse aux événements concernant l'ancien dictateur Augusto Pinochet, réitérant la solidarité de l'IS envers les victimes des droits de la personne humaine au Chili. D'autres déclarations sur des questions de préoccupation actuelle dans la région latino-américaine portaient sur la démocratie au Pérou, la paix en Colombie, les ravages causés par l'Ouragan Mitch en Amérique Centrale, et sur la menace actuelle pesant sur le processus démocratique en République Dominicaine.

Les activités futures de l'IS

Le secrétaire général Luis Ayala dans son rapport au Conseil a fait référence aux activités prévues pour 1999. Le XXIe Congrès de l'IS aura lieu à Paris les 8-10 novembre 1999, et la prochaine réunion du Conseil, à Buenos Aires, devant être accueillie conjointement par les partis membres de l'IS argentins, le Parti Socialiste Populaire, un membre de Frepaso, et l'Union Civique Radicale, est prévue les 25-26 juin, quelques jours avant le premier Sommet des chefs d'Etat et de gouvernements de l'Amérique latine et la Caraïbe et celui de l'Union européenne à Rio de Janeiro. Des réunions régionales de la Commission Progrès Global comprendront une rencontre à Dakar, les 25-26 janvier, et une deuxième programmée pour les 22-23 mars à Mexico. Le SICEE se réunira à Bucarest les 5-6 février, en coopération avec le Parti Démocratique, et le Parti Social-Démocrate Roumain. Le Comité Afrique se rencontrera prochainement à la fin mars à Bamako accueilli par l'ADEMA-PASJ. Le Comité pour l'Amérique latine et la Caraïbe, SICLAC, se rassemblera avant le Conseil à Buenos Aires, et sous la recommandation du Présidium, le Comité sera co-présidé pendant la période précédant le Congrès par Rubén Berríos, leader du Parti Indépendantiste de Porto Rico, et par Anselmo Sule, leader du Parti Social-Démocrate Radical, Chili. Une prochaine réunion du SICEDE sera centrée sur l'économie en Afrique, et des réunions suivantes porteront sur des questions économiques en Asie et en Amérique latine et la Caraïbe. La prochaine réunion du Comité pour la Paix, la Sécurité et le Désarmement, SIPSAD, examinera les questions actuelles se rapportant au désarmement et se tiendra en collaboration avec des organes appropriés des Nations Unies pendant le premier semestre de l'année prochaine. Une réunion du Comité Asie-Pacifique a également été proposée pour cette période, et comme convenu par le Présidium, Lim Kit Siang, secrétaire général du DAP, Malaisie, présidera ce Comité pendant la période précédant le Congrès. Le Comité Moyen-Orient qui vient juste de se réunir à Genève et qui continuera à apporter sa contribution au processus de paix a été invité par l'Union Socialiste des Forces Populaires à se rencontrer prochainement au Maroc. Le Groupe de Travail du SIMEC sur la Question Kurde, se rendra en Iraq du Nord, et le Comité a également étendu ses centres d'intérêt à l'Afghanistan en composant un groupe spécial afin de suivre les développements dans ce pays. En ce qui concerne les activités du Comité Méditerranée, le renforcemement du partenariat euro-méditerranéen sera au centre de la prochaine réunion. Le Comité des Elus locaux et régionaux se rencontrera à Rotterdam préalablement au prochain Conseil.

Le président du Comité d'Administration et des Finances, Gunnar Stenarv, du Parti Social-Démocrate Suédois, a présenté le budget convenu par le Comité pour l'année à venir, qui a été adopté.

Liste des participants